En 1994, Philippe Croizon était amputé des quatre membres à la suite d’une électrocution de 20 000 volts. Le sport et l’envie de se dépasser l’ont sauvé. Dr Sport l’a rencontré et interrogé sur le sport adapté en France.

 

Vingt-cinq ans après la perte de ses quatre membres, consécutive à une électrocution alors qu’il s’employait, sur son toit, à démonter une antenne de télévision, Philippe Croizon multiplie les exploits sportifs. Cet athlète de haut niveau peut se targuer d’être le premier, dans sa catégorie handisport, à avoir traversé la Manche à la nage, en 2010. S’il se réjouit que la France ait pu obtenir l’organisation des Jeux paralympiques, en 2024, il pointe du doigt le retard de notre pays dans l’intégration des personnes handicapées dans les activités physiques et sportives.

Philippe Croizon, comment se porte le sport adapté en France ?

« En France, 12 % de la population est atteinte d’un handicap ; seulement 1 % détient une licence sportive. Ce constat est dramatique. Pour comparaison, en Chine, 25 % des handicapés pratiquent une activité physique. Pourtant, la Chine n’est pas connue pour être le pays des droits de l’Homme… »

Pourquoi un tel retard ?

« En France, malheureusement, on ne parle de handicap que depuis 2005 et la loi sur l’accessibilité. Enfin, les politiques et la population s’intéressaient aux « handis » ; ces derniers ont pu alors exprimer leur envie de s’intégrer, de vivre, d’exister, d’accéder à l’école, à la formation, et donc au sport. Avant, handicap rimait avec inapte.

Jusque-là, les « handis » avaient peur de pousser la porte des clubs et des fédérations. Un verrou a sauté. Il était plus que temps ! » 

Justement, quels sont aujourd’hui les moyens mis à la disposition des clubs pour accueillir les handis ?

« Les infrastructures sont malheureusement trop pauvres en France. Les valides ont encore du mal à accueillir les handis à leurs côtés, même si l’on y vient doucement. Metz Tennis de Table propose ainsi des entraînements en commun ; Poitiers volley a créé une section de volley assis ; le Nancéien Théo Curin (sélectionné aux JO de Rio) s’entraîne avec des valides à Vichy. Mais ces exemples sont encore trop rares. Il faut que cela devienne une généralité ! »

 

Ne croyez-vous pas que l’attribution des Jeux de 2024 à Paris puisse accélérer l’intégration des handicapés dans le monde sportif ?

« J’espère ! En même temps, je souhaite ne pas avoir à attendre 2024 pour pouvoir prendre le métro car si je dois me déplacer à Paris, quelle galère ! Seulement 120 taxis sont équipés pour recevoir des personnes à mobilité réduite. C’est une honte ! Et si tu veux aller jouer au tennis à l’autre bout de Paris et prendre le bus, une fois sur deux, la rampe est en panne. C’est fatigant… »

 

Finalement, le sport pour tous, est-ce possible ?

« Bien sûr ! Que l’on soit handicapé physique ou moteur, la pratique sportive est toujours possible… La preuve, j’ai traversé la Manche à la nage et participé au Dakar automobile en étant amputé des quatre membres. Il faut bien comprendre que le sport est synonyme de retour à la vie, pour nous ! Il nous aide à accepter notre nouveau schéma corporel, à sortir de notre isolement. Mon rôle est de faire sauter les tabous, les peurs, de changer les regards.

C’est pour cela que j’ai créé « Vis Mon sport ! » : un valide défie un handi dans sa discipline. C’est comme cela que David Ginola a joué le jeu du « cécifoot » (foot pour malvoyants) ; Sylvain Chavanel a testé le vélo couché ou Aurélien Rougerie a joué au rugby assis… Tout est possible ! ». Notre ambassadrice Céline Dumerc,  médaillée d’argent aux JO avec l’équipe de France de Basket, participera d’ailleurs à l’émission le 7 Juin.

Plus d’infos : www.vismonsport.fr

 

[REPÈRES DR SPORT]

  • La fédération française handisport compte 26 000 licenciés, dont 7 000 « passeport découvertes »
  • Top 3 des régions les plus handi-sportives : 1. Île-de-France (5 000 licenciés), 2. Nouvelle Aquitaine (4 000) 3. Grand Est (3 000).
  • De plus en plus de clubs valides ouvrent des sections handisports. Dans le Grand Est, la proportion est aujourd’hui de 35 % environ.
  • Pour les déficients intellectuels, il existe aussi des centres de sport adaptés.

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