Derrière l’application Dr Sport et son algorithme se cache un comité scientifique composé de professionnels de santé experts dans leur domaine. Qui sont-ils ? Rencontre avec ceux qui font la fiabilité et la précision de vos analyses.

Dr Juin, pouvez-vous vous présenter en quelques mots svp ?

Avant d’être médecin de l’équipe de France Féminine de Handball, j’ai commencé en 1993 comme médecin du service de médecine du sport au CHU de Nantes jusqu’en 2006 et maitre de conférence à temps partiel à l’UFR STAPS de Nantes jusqu’en 2005. Dans le même temps, j’encadrais médicalement des sélections nationales, détections, jeunes, juniors puis A, à la Fédération de Handball. Pourquoi le handball, certainement parce-que j’ai été un modeste mais assidu joueur de Handball pendant 20 ans et jusqu’en Pré National. Jusqu’en décembre 2017, j’avais deux casquettes, j’accompagnais l’équipe de France féminine en tant que médecin, j’étais donc en permanence avec elles, sur tous les stages, les compétitions et tout ce qui se passe entre les deux. J’étais présent lors des demi-finales des championnats du monde de 1999, 2009, 2011 et des titres mondiaux de 2003 et 2017 par exemple. J’étais également là lors des 5 dernières olympiades : Rio, Londres, Pékin, Athènes, Sydney… ainsi que sur les dix derniers championnats du monde. C’est un métier très prenant, je passe en moyenne entre 80 et 120 jours par an en déplacement. Ma seconde casquette était plutôt administrative, je suis coordinateur National du suivi médical des équipes de France et du haut niveau. J’organise et coordonne le staff médical des équipes de France, 15 médecins et une trentaine de kinésithérapeutes, je m’occupe aussi de la partie réglementaire et du suivi des examens médicaux exigés par la loi pour tout sportif de haut niveau. En 2018, j’arrête l’accompagnement de l’équipe A féminine et je prends en charge l’ensemble du secteur médical fédéral qui va comprendre la nouvelle unité médicale de suivis, formations, communications et recherches basée à la maison du handball qui ouvrira en juillet à Créteil. Experts Dr Sport : DR JUIN, Médecin National du Suivi des Equipes de France de Handball

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ?

La médecine de terrain, c’est quelque chose que l’on n’apprend pas, c’est très différent de la médecine de consultation. C’est une activité permanente, on suit les athlètes 24h/24 et c’est très motivant car l’on peut vraiment mettre en place des actions de prévention réelles, avant la blessure mais aussi après pour limiter sa gravité. La prévention c’est environ 70% du temps d’un médecin d’une équipe, 30% seulement de mon temps est dédié à la gestion de la pathologie. Ce qui me plait aussi, c’est que l’on vit par procuration la vie des sportifs, on gagne avec eux, on vibre avec eux et on traverse en même temps aussi bien les réussites que les échecs ; c’est vraiment quelque chose d’unique qu’on ne peut retrouver que dans ce métier.

Après 20 ans passés avec les équipes de France, pouvez-vous nous dire quelles sont les blessures les plus fréquentes au Handball ?

Les pathologies, en comptabilisant les aigues et les chroniques, les plus fréquentes au Handball, ce sont tous les problèmes d’épaules quels qu’ils soient. Ce ne sont pas des douleurs qui les empêchent de continuer à pratiquer mais ce sont les plus fréquentes. 30% environ des handballeurs ont des douleurs liées au complexe articulaire de l’épaule et ce, quel que soit le niveau. C’est un problème plus fréquent chez les athlètes professionnels car la fréquence des entrainements est plus élevée, mais c’est un problème qui reste répandu chez tous les handballeurs. On peut ensuite citer les symptomatologies des chevilles (entorses, traumatismes divers) et des genoux, fréquentes mais moins spécifiques au Handball ; on les retrouve dans beaucoup de sports avec fréquents changements de directions. Enfin, je dirais que la blessure la plus grave en Hand, car en fait c’est celle qui donne une indisponibilité longue, c’est la rupture des ligaments croisés du genou.

Vous avez suivi des équipes masculines et féminines, pouvez-vous nous dire s’il existe une différence entre les blessures de l’équipe de France Masculine et Féminine ?

Le jeu entre un handballeur et une handballeuse n’est pas exactement le même. Le jeu des féminines est plus rapide quant à celui des masculins, il est plus en force, il y a plus de contacts rudes. Là, sur certains aspects, les contacts peuvent rapprocher le hand du rugby. Cette différence de jeu et de physiologie se traduit forcément par des différences au niveau des blessures. A titre d’exemple, on a 30% de risques supplémentaires de souffrir d’un traumatisme du genou si l’on joue au Hand et qu’on est une fille.

Avez-vous vu une évolution des pratiques dans le Hand et notamment une évolution des blessures ces dernières années ?

Les joueurs ont évolué physiologiquement, le jeu est plus rapide, il y a plus de contacts ; les blessures ont donc elles aussi évoluées. En tant que médecin, nous accompagnons cette évolution, en adaptant les prises en charges thérapeutiques, en mettant en place des actions de prévention pour prévenir ces nouveaux risques. La médecine permet que le corps puisse essayer de suivre les évolutions de la pratique. Pour accompagner ces nouveaux risques et mettre en place des actions adaptées, nous nous rapprochons d’autres fédérations comme celle du basket ou encore du rugby qui rencontrent déjà ce type de blessures comme la commotion cérébrale ou encore les problèmes de genoux.

Soigne-t-on de la même manière les blessures de sportifs amateurs et de sportifs de haut niveau ?

Hélas, non ! Les bases sont les mêmes mais la quantité des soins est moindre. Un sportif professionnel peut passer 3 heures tous les jours chez le kiné, ce qui ne sera pas le cas d’un sportif amateur, la prise en charge sera donc différente.

Comment avez-vous rejoint le comité scientifique Dr Sport ?

Grâce à Thierry Weizman (NDLR : le fondateur de l’application), on s’est connu en 1995, bien avant la création. Il m’a parlé de Dr Sport et de sa volonté d’accompagner les sportifs qui n’ont pas auprès d’eux une équipe médicale professionnelle. L’application permet de donner une information contrôlée, contrairement à certains sites qu’on peut trouver aujourd’hui sur internet. Elle ne remplace bien sûr en rien un médecin, elle oriente seulement et informe le grand public. Une meilleure connaissance étant la base d’une bonne orientation et prise en charge.

Qu’a apporté le Handball dans votre vie ?

Ça m’a pris beaucoup de mon temps ! Le Handball m’a apporté beaucoup de joie et de plaisir. C’est une passion et l’on ne pourrait faire ce métier si l’on n’est pas passionné. On vit des moments que personne d’autre ne pourrait vivre. Les 2 titres de champions du monde ont été des moments uniques par exemples.

A quoi ressemble pour vous la Santé de demain ?

Pour la médecine du sport professionnel, c’est un peu compliqué : les athlètes sont de mieux en mieux préparés mais les efforts demandés sont de plus en plus importants. Ils ont moins de périodes de repos, il y a souvent des stages pendant les vacances par exemple. Et l’intensité et la charge de travail sont de plus en plus importantes. Il y a donc plus de blessés. La médecine de demain pour moi c’est donc une bonne dose d’observation, de l’accompagnement et de la collaboration. Il y aura de plus en plus d’échanges entre les fédérations et de travail collaboratif entre spécialités (kiné, médecins, ostéopathes…) pour maintenir en bonne santé le plus grand nombre.   Merci au Dr Juin, médecin National du Suivi des Equipes de France et du Haut Niveau. logo federation française de handball

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