Comment les prévenir, comment les guérir ? Le point avec Jacques Giordan, médecin du club de rugby de Montpellier qui évolue en Top 14

1. Les déchirures musculaires

C’est quoi ?
On parle plus communément de « claquage » et elles ciblent souvent un muscle des membres inférieurs : jumeaux des mollets, quadriceps, ischio-jambiers… C’est d’ailleurs les ischio-jambiers qui trinquent régulièrement au rugby.

Comment prévenir ?
À Montpellier, le Docteur Giordan a déjà vu 50 claquages en une saison ! Un joueur qui a déjà été victime d’une lésion musculaire aura un terrain favorable à la récidive. Or, le risque de récidive augmente si le problème est mal soigné.
En chauffant le muscle avant la séance d’entraînement ou le match, et en s’échauffant correctement, on peut éviter le problème. Sauf s’il intervient en fin de partie, cela veut que les fibres étaient déjà fragilisées par un traumatisme. L’échauffement n’a rien pu faire.

Comment guérir ?
Grâce à du repos : jusqu’à 6 semaines ; avec de la physiothérapie, du glaçage et des soins chez le kiné.

2. Les commotions cérébrales.

Dans le Top 14 lors de la saison 2016-2017, 102 commotions cérébrales ont été identifiées, soit une augmentation de près de 35 % par rapport à l’exercice précédent. Les commotions sont en plein cœur du débat actuellement.

« On les décèle de mieux en mieux à présent. Avant, elles passaient souvent inaperçues car il n’y a pas forcément perte de connaissance. C’était difficile à diagnostiquer. Ça l’est toujours mais on sort systématiquement le joueur à présent. On ne prend pas de risques. Car deux commotions dans le même match, multiplie par 50 les risques de complications. »

Comment prévenir ?
« La Fédération et la Ligue parlent de développer le rugby d’évitement et non du rentre-dedans. On parle d’interdire les placages chez les enfants. »

Comment guérir ?
« La commotion peut entraîner une complication immédiate qui est un hématome intracrânien et là, il faut avoir recours à de la chirurgie en urgences. »

Il faut garder de toute façon le joueur sous surveillance. Car, malheureusement, les séquelles peuvent survenir après : maux de tête, maladie de Parkinson, lésions cérébrales…

3. Les traumatismes de l’épaule

Luxation, fracture, entorse : l’épaule est très souvent sollicitée. L’articulation acromio-claviculaire trinque dans 10 % des cas.

Comment prévenir ?
« Difficile de prévenir car même les épaulières ne servent à rien. C’est une fausse sécurité. »

Comment guérir ?
« On peut avoir recours à une opération. Pour une fracture de clavicule, par exemple, on va soit opérer, soit mettre sous traitement médical. Pour l’acromio-claviculaire, idem : c’est opération ou immobilisation de l’articulation pour la stabiliser. »

4. Les pubalgies

Elle représente 20 % des blessures chez le rugbyman. On peut souvent continuer à pratiquer quand on souffre d’une pubalgie jusqu’à ce que la douleur ne soit plus supportable. Ce n’est pas traumatique et donc jamais dû à un coup.
Il en existe trois types :
Des adducteurs.

Une inflammation de la symphyse pubienne. Celle-ci peut entraîner un arrêt de carrière. Le joueur enchaînera repos et infiltration avant de prendre sa décision.

La pubalgie orificielle. C’est celle qu’on opère et qui se guérit le mieux.

5. La rupture du tendon du biceps

Le tendon du biceps est souvent victime d’un arrachement brutal à la suite d’un impact immédiatement suivi d’une contraction vive.

Comment prévenir ?
« C’est souvent dû à des microtraumatismes qui se succèdent. Les fibres sont fragilisées. Difficile de prévenir à part en arrêtant le rugby. »

Comment guérir ?
« On le répare et le réimplante. Cette opération du tendon du biceps peut aller jusqu’à 3 à 4 mois d’arrêt. Il y a quinze ans, il y avait peu de ruptures du tendon du biceps. L’an dernier, avec Montpellier, j’en ai connu deux (Jacques du Plessis et Alexandre Dumoulin). La preuve que le jeu se durcit. »

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6. Les entorses du genou

Le ligament croisé antérieur, les ligaments latéraux, les ménisques, la rotule… Le genou peut être touché de multiples façons. C’est souvent suite à un traumatisme.

Comment prévenir ?
« J’ai connu beaucoup de ruptures des ligaments croisés lorsque nous sommes passés à des terrains synthétiques et les joueurs n’avaient pas les crampons adéquats. Les torsions de genou avaient augmenté à ce moment-là. Donc, on se chausse correctement et on a recours à la proprioception pour renforcer l’articulation. »

Comment guérir ?
« Il faut très souvent passer sur le billard. Pour le ménisque, on parlera d’arthroscopie, mais il y en a de moins en moins d’ablation car on essaye de sauver les ménisques. Pour une rupture du ligament croisé antérieur, on répare avec une greffe du tendon rotulien ou du tenseur du fascia lata… Pour un croisé, c’est à présent 9 mois d’arrêt ! »

7. La cheville

Foulures, entorses, fractures de la malléole mais aussi de l’articulation lisfranc chopart (au niveau du tarse, sous le medio-pied).

Comment prévenir ?
« Grâce à la proprioception. C’est une bonne solution pour travailler la réactivité et les sensations kinesthésiques. »

Comment guérir ?
« Selon la blessure, il peut y avoir opération. Pour la fracture du medio, la chirurgie n’est pas nécessaire mais l’arrêt et l’immobilisation de l’articulation sera de six semaines. »

Et plus rarement…

8. La main

Le poignet, l’avant-bras et les carpes sont souvent fragilisés lorsque le joueur chute mal ou se réceptionne mal.

9. Les côtes.

Plus rare, la fracture des côtes peut survenir lors d’un plaquage violent et peut nécessiter jusqu’à quatre semaines d’arrêt.

10. Les contusions à l’abdomen

« À droite, il y a le foie, à gauche, la rate. Dans le dos, les reins. En 40 ans de carrière, j’ai connu trois ruptures de rate et une de reins. Je peux vous dire que quand tu éclates un rein, tu urines du sang… »

Repères Dr Sport

Sur 35 joueurs la saison dernière dans le groupe pro à Montpellier, 11 ont subi une opération.

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